PSYCHOLOGUE CLINICIENNE SPECIALISEE EN PATHOLOGIES
QU'EST-CE QUE L'HYPNOSE?
L’HYPNOSE THÉRAPEUTIQUE
Ruby Villar-Documet - Psychologue clinicienne .Spécialisée en pathologies
Quand l’attention, l’imagination et la conscience deviennent des ressources thérapeutiques
Il existe peu de phénomènes psychologiques qui aient suscité autant de fascination que l’hypnose.
Pendant longtemps, elle a été entourée d’images de sommeil, de perte de contrôle, de pouvoir exercé par l’hypnotiseur ou de phénomènes presque mystérieux.
Et pourtant, derrière cette représentation spectaculaire se trouve quelque chose de beaucoup plus passionnant encore : la capacité de notre cerveau à modifier, dans certaines conditions, la manière dont nous portons attention, percevons, imaginons, ressentons et construisons notre expérience.
L’hypnose thérapeutique ne consiste pas à « éteindre » la conscience.
Elle crée au contraire des conditions particulières d’attention dans lesquelles certaines perceptions peuvent devenir plus présentes tandis que d’autres passent momentanément au second plan.
L’hypnose est aujourd’hui définie comme un état de conscience associant attention focalisée, diminution de la conscience périphérique et capacité accrue à répondre à la suggestion.
Ainsi, derrière ce que l’on appelle traditionnellement la transe hypnotique, la psychologie et les neurosciences étudient aujourd’hui des phénomènes complexes concernant l’attention, l’imagination, les sensations, la perception du corps et certains aspects de l’expérience consciente.
L’hypnose n’est pas le sommeil
Le mot « hypnose » vient historiquement du grec Hypnos, le sommeil.
Le terme est pourtant trompeur.
La personne sous hypnose ne dort pas nécessairement. Elle peut entendre la voix du thérapeute, réfléchir, ressentir, répondre et rester en relation avec ce qui l’entoure.
L’état hypnotique correspond davantage à une organisation particulière de l’attention.
Nous connaissons d’ailleurs spontanément certaines expériences qui peuvent en rappeler des aspects : être absorbé par un livre au point d’oublier momentanément ce qui nous entoure, être captivé par un film, perdre la notion du temps ou laisser notre pensée se concentrer intensément sur une image, une sensation ou un souvenir.
L’hypnose thérapeutique utilise intentionnellement certaines de ces capacités naturelles d’attention et d’imagination afin de créer une expérience psychologique pouvant être intégrée au travail psychothérapeutique.
Que se passe-t-il dans le cerveau sous hypnose ?
C’est probablement l’une des dimensions les plus fascinantes de l’hypnose contemporaine.
Aujourd’hui, l’expérience hypnotique peut être étudiée par l’électroencéphalographie, l’imagerie cérébrale fonctionnelle et l’analyse des interactions entre différents réseaux cérébraux.
La recherche ne décrit pas un « cerveau hypnotisé » unique et identique chez toutes les personnes.
Elle met plutôt en évidence des modifications fonctionnelles variables concernant notamment des systèmes impliqués dans l’attention, le contrôle cognitif, l’expérience subjective, la perception et le sentiment d’agir. Les recherches en EEG, PET et IRM fonctionnelle poursuivent actuellement l’étude de ces phénomènes et de leurs variations individuelles.
L’hypnose place ainsi la recherche devant une question extraordinaire : comment une expérience construite par l’attention, l’imagination et la suggestion peut-elle modifier la manière dont une personne ressent et perçoit ce qu’elle vit ?
La suggestion : quand les mots peuvent transformer l’expérience
L’une des particularités fondamentales de l’hypnose réside dans la suggestion.
Une suggestion hypnotique n’est pas nécessairement un ordre.
Elle peut proposer une image. Dans certaines conditions, elle peut contribuer à modifier la façon dont une sensation est ressentie, dont l’attention est orientée ou dont une expérience est représentée mentalement.
Et c’est précisément ce phénomène qui rend l’hypnose si passionnante.
Notre expérience n’est pas seulement déterminée par ce qui se produit autour de nous ; elle dépend également de la manière dont notre cerveau sélectionne, organise et interprète les informations qu’il reçoit.
Milton H. Erickson : une révolution dans l’histoire de l’hypnose thérapeutique
L’histoire contemporaine de l’hypnose clinique est indissociable de Milton Hyland Erickson (1901-1980).
Psychiatre américain et psychothérapeute, Erickson a profondément influencé l’hypnose clinique ainsi que plusieurs courants ultérieurs de psychothérapie.
Il fut notamment le président fondateur de l’American Society of Clinical Hypnosis, créée en 1957. Son travail reposait sur une conception particulièrement individualisée de l’hypnose, privilégiant la relation thérapeutique, la communication indirecte, les apprentissages expérientiels et l’utilisation des ressources propres de la personne.
Son parcours personnel est lui-même remarquable.
À l’âge de 17 ans, Milton Erickson fut atteint d’une poliomyélite sévère. Sa longue période de récupération développa chez lui une attention particulièrement fine aux mouvements, au langage corporel, aux sensations et à la communication non verbale.
Cette expérience contribua à façonner son intérêt exceptionnel pour les mécanismes d’apprentissage, d’adaptation et de changement humain.
Erickson : ne pas imposer l’hypnose à la personne
C’est probablement ici que se trouve l’une de ses contributions les plus importantes.
Dans les formes traditionnelles d’hypnose, le thérapeute occupait souvent une position très directive : il induisait la transe et formulait des suggestions auxquelles le sujet devait répondre.
Erickson modifia profondément cette conception.
Pour lui, la personne n’avait pas à s’adapter à une méthode hypnotique préétablie.
C’était au thérapeute d’observer suffisamment attentivement la personne pour adapter sa communication à son fonctionnement singulier.
Sa pratique accordait ainsi une attention considérable :
- Aux mots utilisés.
- Aux hésitations.
- Aux silences.
- A la respiration.
- Aux gestes.
- Aux représentations spontanées.
- Aux centres d’intérêt.
- Aux réactions émotionnelles.
- Aux résistances.
- Et à la manière particulière dont chacun construisait son expérience.
L’hypnose devenait alors moins une technique appliquée à quelqu’un qu’une interaction thérapeutique construite avec lui.
« Utiliser » plutôt que combattre
Erickson développa particulièrement le principe d’utilisation — utilization.
Une résistance n’était pas nécessairement un obstacle.
Une hésitation pouvait devenir utile.
Un mouvement pouvait être intégré.
La tendance à analyser pouvait elle-même être utilisée.
Une image spontanée pouvait devenir le point de départ d’un travail hypnotique.
Même le doute pouvait trouver une place dans l’expérience.
Cette conception renversait la logique traditionnelle : au lieu de demander à la personne de correspondre à la technique, la technique pouvait se transformer pour correspondre à la personne.
Cette idée reste l’un des héritages les plus modernes et les plus élégants de Milton Erickson.
Les métaphores : parler autrement pour permettre de penser autrement
Erickson était également célèbre pour ses histoires et ses métaphores.
Une histoire apparemment très simple pouvait évoquer un apprentissage, une difficulté surmontée, un changement de direction, une transformation ou une possibilité qui semblait auparavant inaccessible.
La métaphore présente une caractéristique précieuse : elle n’impose pas nécessairement une interprétation unique.
Elle permet à chacun d’établir ses propres associations, de reconnaître quelque chose de son expérience et parfois de découvrir une perspective qui n’avait pas encore été envisagée.
Le langage thérapeutique cesse alors d’être seulement explicatif.
Il devient expérientiel.
Une image, une histoire ou une suggestion peuvent ouvrir un espace dans lequel la personne ne reçoit pas simplement une solution : elle peut progressivement construire sa propre manière de comprendre autrement ce qu’elle vit.
Une hypnose qui peut commencer dans une conversation
Avec Erickson, l’hypnose ne nécessite plus nécessairement une mise en scène spectaculaire.
Elle peut commencer dans une conversation.
Une modification du rythme de la voix.
Une pause.
Une question.
Une image.
Une évocation sensorielle.
Un souvenir.
Une formulation volontairement ouverte.
Une focalisation progressive de l’attention.
Erickson intégrait effectivement les phénomènes hypnotiques non seulement dans les inductions formelles, mais également dans la conversation, les métaphores, les tâches thérapeutiques et les interventions stratégiques.
La frontière entre communication thérapeutique et travail hypnotique devient alors beaucoup plus subtile.
Et c’est probablement là que l’hypnose Ericksonienne devient particulièrement intéressante : elle se construit dans la singularité de la relation entre deux personnes.
L’inconscient selon Erickson : pas seulement un lieu de conflit
Un autre aspect particulièrement original de sa pensée concerne l’inconscient.
Erickson ne le considérait pas uniquement comme le lieu de conflits psychiques.
Il lui attribuait également une dimension créative, adaptative et susceptible de mobiliser des apprentissages et des ressources dont la personne n’a pas nécessairement conscience à un moment donné.
La démarche thérapeutique pouvait ainsi chercher moins à imposer un changement qu’à créer les conditions dans lesquelles d’autres réponses deviennent possibles.
Cela explique la place importante accordée dans l’approche Ericksonienne :
- Aux ressources.
- A l’expérience.
- A l’imagination.
- Aux apprentissages antérieurs.
- Aux métaphores.
- Et aux possibilités de changement propres à chaque personne.
Le patient demeure acteur de l’expérience
L’hypnose thérapeutique n’est pas une prise de pouvoir sur la personne.
Le patient participe à l’expérience hypnotique.
l entend, ressent, imagine et répond aux suggestions en fonction de ses propres possibilités.
Les capacités de réponse hypnotique sont d’ailleurs variables d’un individu à l’autre.
L’hypnose clinique se situe ainsi très loin de l’image de l’hypnotiseur qui contrôlerait la volonté de quelqu’un.
Elle repose au contraire sur une relation de confiance, une coopération et un travail psychothérapeutique construit en fonction de la personne.
Votre texte initial insistait déjà sur ce point essentiel : la personne conserve sa volonté et ne peut être réduite à un sujet passif soumis à l’hypnotiseur.
L’hypnose dans la psychothérapie
L’hypnose thérapeutique n’est pas nécessairement une psychothérapie complète à elle seule.
Elle constitue un outil clinique qui peut être intégré à une démarche psychothérapeutique plus large, en fonction de la situation, de l’évaluation clinique et des objectifs définis.
Elle peut notamment mobiliser :
- L’attention focalisée ;
- l’imagerie mentale ;
- les représentations sensorielles ;
- la suggestion ;
- certaines formes de dissociation psychologique ;
- la modification de certaines perceptions ;
- l’exploration de nouvelles réponses ;
- et la mobilisation de ressources psychologiques.
La recherche contemporaine étudie son utilisation dans plusieurs contextes. Les données les plus robustes concernent actuellement notamment certains contextes de douleur et de procédures médicales, tandis que les niveaux de preuve restent variables selon les problématiques étudiées. Une synthèse de 49 méta-analyses publiée en 2024 souligne précisément cette diversité des résultats.
C’est pourquoi son utilisation gagne à rester intégrée à une compréhension clinique individualisée, et non à être présentée comme une réponse uniforme applicable à toutes les situations.
Ce qui rend l’hypnose thérapeutique fascinante
Quelques mots ne changent pas matériellement le monde extérieur.
Et pourtant, dans certaines conditions d’attention, d’imagination et de relation thérapeutique, ils peuvent contribuer à modifier la manière dont ce monde est perçu et vécu.
Une sensation peut être ressentie autrement.
Une image mentale peut devenir extraordinairement présente.
L’attention peut changer de direction.
Une situation qui paraissait figée peut être envisagée sous une perspective différente.
Une personne peut découvrir qu’elle dispose de possibilités qu’elle n’utilisait pas jusque-là.
Entre le langage du thérapeute et l’expérience intérieure du patient se situe alors l’un des phénomènes les plus passionnants étudiés par la psychologie : la capacité du cerveau humain à transformer certaines dimensions de son expérience à partir de l’attention, de l’imagination, de l’apprentissage et du sens donné à ce qui est vécu.
C’est probablement là que l’héritage de Milton Erickson conserve toute sa modernité:
- Ne pas réduire la personne à son symptôme.
- Ne pas réduire l’hypnose à une technique.
- Et rester attentif aux possibilités singulières qui peuvent émerger lorsque la relation thérapeutique ouvre une autre manière de vivre l’expérience.
Lorsque le changement devient possible autrement
L’hypnose thérapeutique peut ainsi être comprise comme un espace particulier dans lequel certaines habitudes de perception, de pensée ou de réponse peuvent momentanément perdre leur caractère automatique.
Le changement ne consiste alors pas nécessairement à lutter directement contre une habitude.
Il peut aussi consister à modifier le contexte dans lequel cette habitude trouvait jusque-là sa logique et sa force.
« L’hypnose guérit alors parce que, modifiant le contexte d’une habitude, elle en détruit le ressort ! »
Vous souhaitez savoir si l’hypnose thérapeutique peut être pertinente dans votre situation ?
Une première consultation permet de comprendre votre demande, d’évaluer votre situation clinique et de déterminer si l’hypnose thérapeutique peut utilement trouver sa place dans la démarche psychothérapeutique envisagée.
Ce premier échange permet également de préciser les objectifs, de répondre à vos questions et de vous expliquer de quelle manière l’hypnose peut être intégrée à une prise en charge individualisée.



