Ruby Villar-Documet - Psychologue clinicienne, Psychothérapeute
www.rvd-psychologue.com

BIBLIOGRAPHIE

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DEPECHES SPÉCIALISÉES

Le Trouble du Déficit de l’Attention /
Hyperactivité (TDAH) et le Neurofeedback

Hyperactivité Neurofeedback

3.- Modèles et recherches

 

 

Le développement des modèles et théories concernant le TDAH est en constante augmentation, de nombreuses questions apparaissent ainsi que de nouvelles dimensions. C'est pourquoi nous allons nous pencher dans certaines de ces recherches afin de repenser ce trouble.

Des modèles actuels du TDAH

Il existe deux modèles principaux du TDAH. Tout d'abord nous rencontrons le modèle clinique catégorisant les personnes comme porteuses ou non de TDAH et souligne l'existence de sous-types de TDAH : impulsif-hyperactif, plus impulsif qu’hyperactif ou plus hyperactif qu'impulsif. Ceci correspond à la question du diagnostic et de la catégorisation.

Le second modèle, que l'on nomme dimensionnel, intéresse beaucoup le monde scientifique car il n'aborde plus ce trouble de manière binaire TDAH, ou non-TDAH. Toute personne peut être atteinte de ce trouble de manière variée, le TDAH déterminerait alors les différentes formes, voies ou extrémités de ces atteintes. Les variations individuelles doivent par conséquent être traitées de manière plus attentive et plus sensible. Par exemple lorsqu'un enfant semble manifester un certain nombre de critères sans pour autant avoir le niveau requis pour être dit atteint de TDAH peut être néanmoins considéré comme porteur de difficultés et par conséquent un traitement et un accompagnement pourra lui être proposé.

L'existence de plusieurs modèles théoriques en lien avec le TDAH sont importants dans l'analyse qu'on peut en faire des propositions de traitements ainsi que de la vision sociétale qui en est faite.

A la fin des années 1990, le TDAH était vu comme la conséquence d'une parentalité inadéquate alors que nous connaissons désormais la grande part génétique de ce trouble. De manière plus complexe, si l'enfant possède une forte prédisposition génétique et qu'il est exposé à un environnement difficile notamment probablement des problèmes en termes de style d’attachement1,il aura par conséquent plus de probabilité de voir son trouble s'accentuer. Mais ce n'est pas la parentalité en elle-même qui crée ce trouble. Le TDAH est intrinsèque à l'individu, le modèle cognitif pense que le génotype provoque des altérations au niveau de la structure comme du fonctionnement du cerveau2, les informations sont mal perçues et comprises par la personne atteinte de TDAH. Ce modèle pose l'hypothèse d'altérations et de déficiences et aura donc pour réponse un traitement tentant de réparer ces dernières. Désormais, ce modèle décline face à d'autres hypothèses, grâce notamment au progrès des neurosciences qui montrent que seuls 20% des enfants présenteraient ce déficit dans certains types de fonctions exécutives (le tout dépendant, qui plus est, de la manière dont sont réalisées les mesures).

Une autre approche du TDAH qui reconnaît la possibilité de problèmes au niveau du cerveau, ne pense pourtant pas que nos hautes fonctions exécutives (planification, décision, etc...) soient modifiées mais bien plutôt qu’il s’agirait de fonctions plus primaires comme l’excitation liée à l’environnement. Le traitement est par conséquent différent. De nombreuses autres explications surgissent constamment afin de donner une définition précise ainsi qu'une meilleure compréhension de ce trouble. Cependant la complexité du TDAH réside sur le fait que les facteurs diffèrent selon les enfants quand bien même ils peuvent apparaître similaires d'un point de vue superficiel. La multi-factorialité entraîne l'idée que nous devons aborder chaque enfant dans son individualité afin de pouvoir connaître quels éléments et quels aspects doivent être traités. Il n'existe pas une seule approche universelle.

Aborder le TDAH comme un désordre neurodéveloppemental suppose de penser que les symptômes apparaissent soit durant la période prénatale soit juste après la naissance. En admettant cela, il semble logique d'affirmer que de nombreux processus sont en jeu, qui ne sont pas seulement de l'ordre de la simple question de fonctions exécutives problématiques. Notre cerveau a ceci de complexe qu'il est capable de compenser les problèmes et difficultés au cours du temps.

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Le TDAH est défini comme « Trouble neurodéveloppemental » dans le DSM-53...

Autrefois nous définissions le TDAH comme désordre perturbant le comportement, et ensuite comme désordre impliquant la focalisation sur les symptômes comportementaux. Ces derniers étaient pensés comme étant intentionnels quand bien même nous savons que les personnes atteintes n'ont pas les moyens de les contrôler ou de les inhiber. La neuroimagerie de la génétique4 ainsi que les études longitudinales nous ont permis de développer la thèse neurodéveloppementale. Cette nouvelle dénomination a eu une grande importance notamment dans le milieu scolaire, les enseignants ayant tendance à s'attarder seulement sur les questions comportementales et s'imaginent ainsi les enfants responsables de leurs troubles alors qu'il n'en est rien.

Aujourd'hui, le TDAH ne présentant pas de marqueur biologique5 spécifique, le diagnostic est donc complexe et dépend en partie de ce que rapportent les proches (famille, écoles...). Ce qui implique un haut degrés de subjectivité dans l'analyse comportementale, rien ne pouvant être véritablement mesuré objectivement sur l’enfant touché lui-même. Que ce soit à la crèche ou en maternelle, la majorité des enfants peuvent paraître hyperactifs, la limite entre un développement adéquat et un trouble développemental est très difficile à définir. Il faut donc être prudent quant à un diagnostic trop précoce.

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Existe-t-il des différences culturelles ?

Certaines différences culturelles sont présentes mais difficiles à déterminer. Pourtant les études épidémiologiques6 montrent une similarité du TDAH. Celui-ci représente environ 4 à 5% des enfants et adolescents. Connue pour son exigence disciplinaire et d'ordre, la Chine arrive au même pourcentage, tout comme les pays d'Amérique du sud où les individus sont plus dans l'extériorisation. Le poids culturel importe mais il reste très compliqué à évaluer lors du diagnostic. Néanmoins, certaines analyses sud-africaines affirment que des enfants diagnostiqués TDAH ne pourraient être des éléments perturbateurs dans la classe au vue de la sévérité et de la rigueur de la structure scolaire. Le TDAH s'exprime alors sous des formes variées et ce en fonction de l'environnement.

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Dans vos recherches, vous avez spécifiquement travaillé la question des troubles cognitifs, notamment ceux de la mémoire... ?

Nous pouvons noter que les traitements ont pour objectifs de faire disparaître les troubles comportementaux mais ne modifient pas les troubles cognitifs. La question de la mémoire du travail consiste à déterminer la quantité d'informations qu'une personne doit mémoriser en effectuant une tâche. Elle intervient dans la lecture, le jeu, les conversations et apparaît défaillante chez les enfants atteints de TDAH. C’est comme si l’encodage, c'est-à-dire la représentation des stimuli nécessaires ensuite à leur maintien, se faisait mal, ce que nous avons confirmé grâce à des techniques de neuroimagerie comme l’EEG7. La médication pour ce genre de troubles cognitifs n'est jusqu'à présent peu ou pas effective, et ne permet pas de guérison à long terme mais ne sert que dans un temps très limité.

Cogmed est une méthode informatisée créée par Torkel Klingberg, neuroscientifique suédois et qui tend à améliorer la mémoire de travail. En effet, on a pu remarquer que cette dernière peut évoluer ou bien se dégrader. Les résultats ont pourtant été décevants pour les enfants atteints de TDAH, qui par ailleurs ne sont pas tous touchés par ce trouble de la mémoire du travail.

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Pourquoi avoir travaillé la question de la perception des couleurs ?

J’ai utilisé une méthode, la « rapid optimize naming », par laquelle les personnes testées doivent nommer le plus rapidement possible une série de lettres, de chiffres ou de touches de couleur émaillant une page. Classiquement utilisée pour détecter les cas de dyslexie, j’ai été étonnée de voir que les enfants TDAH, alors même qu’ils effectuaient sans aucune difficulté le test des lettres et des chiffres, avaient maints problèmes concernant les couleurs . Ils étaient lents, hésitaient, se mettaient à se lever, à parler plus fort... Nommer lentement les couleurs passait tout seul, c’était le faire rapidement qui coinçait.

De manière similaire, dans un certain nombre de tests psychoscientifiques à leur égard, nous utilisons bien souvent des couleurs pour stimuler les enfants. Là encore, ils ont bien des difficultés à les nommer... ce qui n’a proprement aucun sens et ne peut être expliqué par aucun modèle de la couleur, par plus que par un des modèles théoriques du TDAH. J’en suis venue à poser l’hypothèse que la perception des couleurs, notamment celle du jaune et du bleu, est traitée spécifiquement dans le cerveau et que les « codes » - pour parler simplement – des couleurs seraient très sensibles à la dopamine. Ce neurotransmetteur, dont nous postulons qu’il ne fonctionnerait pas dans notre cerveau de manière adéquate ou suffisante chez les personnes TDAH serait donc également impliqué au niveau de la rétine. Peut-être ainsi y aurait-il une altération de la dopamine dès lors qu’il s’agit de traiter la couleur bleue ou jaune et en moindre proportion les autres couleurs. Un de mes étudiants a récemment effectué une nouvelle recherche sur la question : nous pensons qu’il existe des voies nerveuses proches entre celles qui sont responsables de l’attention et celles qui sont impliquées dans le traitement des couleurs, une espèce d’interface similaire. Il s’agit donc d’une nouvelle découverte quant au TDAH. Après est-ce important au niveau clinique ? Non nécessairement pour le quotidien des personnes touchées ! Cependant, cela peut nous appeler à plus de prudence quant à l’interprétation des tests neuroscientifiques : peut-être que là où nous en concluions à des troubles de l’inhibition ou de mémoire de travail y a-t-il plutôt un problème de perception des couleurs ».

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Sommeil et mémoire sont intimement liés9: qu’en est-il des personnes TDAH ?

Les troubles du sommeil chez les enfants atteints par le TDAH sont fréquents et ont des causes diverses, comme par exemple la médication, l'hygiène de vie, ou les troubles du sommeil proprement dit. Quel qu’ils soient, les troubles du sommeil affectent de facto sur la qualité de la mémoire du travail. Il serait donc intéressant d'analyser si ce n'est pas ce sommeil perturbé qui causerait les troubles de la mémoire de travail.

Le genre importe-t-il au niveau du TDAH ? Le genre importe de manière imperceptible en ce qui concerne le TDAH, les garçons ayant plus tendance à s'extérioriser que les filles. Ces dernières seront plus encline à des mouvements répétitifs mais discrets, ce qui n'appelle pas forcément l'attention des adultes qui les entourent. C'est pourquoi dans le cadre du diagnostic les filles auraient un TDAH plus sévère que les garçons puisqu'elles seraient orientées vers un médecin lorsqu'elles dévoileraient un comportement plus proéminent que celui des garçons. Cependant, trois hommes pour une femme seraient affectés du TDAH même si les causes n'ont pas encore été éclaircies aujourd'hui.

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En quoi le cervelet jouerait-il un rôle dans le TDAH ?

« Les études sur le cerveau sont nombreuses, ayant attesté d’un retard développemental ou de maturation de certaines zones, provoquant ainsi les décalages entre par exemple les stimuli reçus et les réponses données. La plupart des recherches se sont concentrées sur le lobe frontal. Or nous avons montré que le cervelet était spécialement impacté par ce trouble développemental. Nommée à juste titre le - petit cerveau -, cette zone a ceci de remarquable qu’elle est hyperconnectée et que toutes les autres régions cérébrales y ont leurs représentations. En ce sens, nous pensons qu’il y a de fortes chances qu’il joue un rôle de régulation sur toutes les zones de notre cerveau et qu’il n’est pas seulement impliqué dans le contrôle moteur, mais également au niveau des émotions et des fonctions cognitives. Qui plus est, il s’avère extrêmement sensible aux changements environnementaux : il en prévient les autres régions cérébrales et dès lors, il est plus que probable qu’une altération de ses voies nerveuses puisse expliquer les altérations développementales globales. Ainsi, le cervelet peut être atteint pendant la période prénatale – par exemple du fait d’une grande exposition au stress par la mère. Pour autant, je ne pense pas non plus que nous puissions réduire le TDAH à cette cause unique, mais il nous faut poursuivre les recherches ».

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Et qu’en est-il de l’impact environnemental sur le TDAH ?

L'impact environnemental peut avoir part de nombreuses façons sur le TDAH. Lors de la grossesse par exemple, la nicotine, l'alcool, quelques substances chimiques, mais aussi certains stéroïdes qui préviennent la prématurité, seraient de multiples facteurs favorisant ce trouble. « Sur un autre niveau, nous savons que le stress joue : in utero, également lors de la prime enfance, par le stress familial. Pour un jeune enfant touché, le cercle devient vicieux, entre le stress initial amplifié par celui lié au vécu du TDAH, ce qui ne peut que contribuer à amplifier les symptômes au cours du temps ».

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References
1. Voir Roskam, I., Pierrehumbert, B. et Bader, M., (2016) Des liens d’attachement à l’hyperactivité. Sciences Psy, 6 : 67-71.
2. Voir Massat, I., (2016) Cerveau et TDAH. Sciences Psy, 6 : 58-61.
3. Cinquième édition du Manuel diagnostique et de statistique des troubles mentaux (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders).
4. Voir Faraone, S., (2016) De la génétique. Sciences Psy, 6 : 62-66.
5. Indicateur d’un état pathologique particulier.
6. Étude des facteurs influant sur la santé et les maladies, relatifs à la répartition, à la fréquence et à la gravité des états pathologiques des populations.
7. Électroencéphalographie : mesure de l’activité électrique du cerveau.
8. Kim, S., Banaschewski, T., & Tannock, R., (2015) Color vision in attention-deficit/hyperactivity disorder: a pilot visual evoked potential study. Journal of Optometry, 8(2): 116-130.
9. Voir Diekelmann, S., (2016) Mémoire, odeur et sommeil. Le sommeil... m’enfin ! Savigny-sur-Orge : Éditions Philippe Duval, p. 33-40.

Rosemary Tannock est professeur émérite à l’Université de Toronto (Canada) et chercheuse au sein de l’hôpital pour enfants malades. Elle a notamment développé un ensemble de ressources multimédia à l’intention des enseignants.
Tannock, R.M., (2014) Commentary: Are ADHD symptoms habit like? A commentary on Goodman et al. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 55(6): 611-614.
Mawjee, K., Woltering, S., and Tannock, R., (2015) Working memory training in post-secondary students with ADHD: A randomized controlled study. PLOS ONE, 10(9): e0137173.
Kim, S., Banaschewski, T., & Tannock, R., (2015) Color vision in attention-deficit/hyperactivity disorder: a pilot visual evoked potential study. Journal of Optometry, 8(2): 116-130.

Titre original « Le TDAH, des modèles et recherches tous azimuts » auteur Rosemary Tannock. SciencesPsy N°6 17 mars 2016
Réécriture : Ruby Villar-Documet