Ruby Villar-Documet - Psychologue clinicienne, Psychothérapeute
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BIBLIOGRAPHIE

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DEPECHES SPÉCIALISÉES

Le Trouble du Déficit de l’Attention /
Hyperactivité (TDAH) et le Neurofeedback

Hyperactivité Neurofeedback

1.- Reconnaissance du Déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH)

 

 

Actuellement, la France connaît une manifestation croissante d’acceptation du TDAH (reconnu comme un trouble), influencée par les États-Unis qui font ce constat depuis une quinzaine d'années, ce qui nous amène à nous demander si ce diagnostic est devenu un effet de mode sociétale1 ou une réelle augmentation de ce trouble.

Russel Barkley souligne que c'est un phénomène commun d'appropriation par la société quand la connaissance d'un trouble psychiatrique, par le biais des médias ou d'histoires vécues et relatées, se généralise. Ce fut notamment le cas pour la dyslexie et l'autisme. Nous entendons alors de manière constante parler d'enfants ou proches atteints de TDAH, ce qui ferait ressentir une augmentation de ce trouble au sein de la population.

En effet, ce n'est pas la proportion d'individus TDAH qui augmente significativement mais bien sa reconnaissance publique. Certains lobbyistes et politiques se sont ainsi approprié la mise en lumière de ce trouble et l'ont médiatisé dans leur intérêt – promulgation ou vague antipsychiatrique. Comme par exemple, la scientologie américaine qui a réduit la nature de ce trouble à un défaut de parentalité. Les idéologies ont pu, par leur vocabulaire, faire apparaître comment chacun appréhende le TDAH : « en France, le TDAH est fréquemment considéré comme un -problème- plutôt que comme un -désordre-, le premier terme appelant à une appréhension liée directement à l’environnement (aux problèmes que cela lui pose ou au fait que cela en découle), tandis que le second est davantage fixé sur la personne et son trouble ».

La découverte du TDAH

Russel Barkley, chercheur en biologie et psychologie, s'est intéressé dès 1972 sur ce trouble qui touche enfants, adultes, et leurs proches. En remarquant que ce trouble affectait son frère jumeau, il a approfondi ses recherches qui l'ont amené à une meilleure compréhension du développement humain, en ce qui concerne notamment le contrôle de soi et de régulation. Aujourd'hui plus de 20 000 recherches existent sur ce désordre et de nombreuses publications apparaissent constamment. Chaque semaine, entre 38 et 40 publications paraissent sur la question.

Connu depuis deux siècles, le TDAH était appréhendé sous l'unique point de vue des plaintes subjectives de l'environnement2, c'est pourquoi en 1973 Russel Barkley décide dans une publication d'analyser objectivement les problèmes de concentrations et d'agitations des enfants atteints de TDAH.

Les trois symptômes les plus exposés du TDAH, l'agitation, l'impulsivité et l'inattention, sont la face amplifiée de comportements normaux pour un enfant. L'étape d'objectivation de cette publication était donc d'une importance cruciale, car c'est l'intensité de ces symptômes qui en fait un désordre. Il faut donc examiner le TDAH comme un trouble dimensionnel3, sans le penser de manière binaire et réductrice, dans lequel certaines caractéristiques seraient plus marquées.
« C’est l’excès, la sévérité, la récurrence ainsi que les conséquences négatives pour l’enfant, l’adolescent ou l’adulte qui en font un désordre en tant que tel ».

Les potentielles conséquences de ce troubles pour le jeune enfant seront des relations difficiles et stressantes avec sa famille et à l'école (perte d’amitiés)4 impliquant un rejet social (n’étant plus accepté aux anniversaires de par son comportement).

De manière plus générale, l'échec scolaire dû à de mauvais résultats et à un décrochage amènera l'adolescent à ne pas continuer vers de longues études et à développer une sexualité précoce et à risque : « 40% de probabilité de grossesses d’adolescentes, un taux quatre fois plus important de transmission de maladie sexuelle ; dès qu’ils peuvent conduire, ils font de dangereux excès de vitesse, connaissent trois fois plus d’accidents et souffrent deux fois plus de dommages conséquents que les autres ».

Adulte, les difficultés d'ajustement s'accroissent, au même rythme que les troubles, par les contraintes et exigences de l'environnement.

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Les fonctions exécutives

L’impulsivité, l’agitation et l’inattention, les fonctions exécutives, ou l'ensemble de processus cognitifs, sont la majeure partie du TDAH. Dès l'école élémentaire, nous pouvons observer ce déficit, les fonctions exécutives se trouvant dans le lobe préfrontal et possèdent des circuits dans l'ensemble du cerveau, elles jouent notamment sur le contrôle de soi.

Le rôle de l'environnement, comme les parents ou les enseignants, est alors primordial. Il permet de fixer un cadre et ainsi aider les personnes atteintes de TDAH de garder le contrôle. N'ayant pas toujours cette capacité de régulation, c'est à l'extérieur de prendre le relais, en mettant en place des outils subvenant aux missions que les fonctions exécutives devraient tenir.

Ces dernières sont impliquées dans toutes les activités et peuvent affecter les différents terrains de la vie : école, travail, relations sociales, argent, famille.

Les premiers signes sont visibles entre 2 et 6 ans par l'observation de problèmes d'impulsivité et d'inhibition. Cependant dès la naissance, ce trouble est présent dans les gènes et dans le cerveau, mais difficilement détectable ; au cours du temps, lorsque le reste des individus ont atteint un certain nombre d’étapes dans leur développement, alors le trouble apparaît et devient visible.

Entre ses deux et quatre ans, la difficulté de concentration de l'enfant, la distraction, l'inattention sont des signes perceptibles du trouble, il n’arrive pas bien à suivre, etc. À l'école élémentaire on peut par ailleurs remarquer une déficience dans la mémoire de travail, la notion du temps, le contrôle émotionnel, et l'organisation. Toutes ces fonctions exécutives se révèlent alors dans les quinze années qui suivent. Les troubles d'inhibitions initiaux se développent et augmentent ainsi que l'expression des fonctions exécutives, l'adolescent et le jeune adulte en présenteront les manifestations, malheureusement dans leur totalité. « Qui plus est, nous savons que ce trouble est en partie génétique5, d’où la possibilité importante de voir la pathologie -courir- dans la famille »

60 à 65% de la cause du TDAH sont génétiques, une personne porteuse du gène a huit fois plus de chance de développer ce trouble. 20 à 25 % sont liés à des lésions prénatales lorsque le cerveau se développe, à des grossesses ou naissances compliquées ; les 10% restant résultent de blessures suivant la naissance : traumatisme crânien, exposition aux Led (diodes lumineuses), maladies, tumeurs, infections. Tout ce qui peut interférer avec le développement du lobe frontal peut générer un TDAH. « Nous savons qu’une personne porteuse de gènes TDAH a huit fois plus de chances de développer ce trouble qu’une personne non porteuse : le fait que la mère fume multiplie par trois cette probabilité »

« Russel Barkley est l’auteur de l’une des rares études longitudinales suivant des enfants jusqu’à l’âge de 20 à 25 ans dans le Wisconsin, ce qui lui a permis avec ses collègues de récolter des données investiguant plusieurs dimensions de ce trouble : mesure des désordres psychiatriques, fonctionnement et réussite à l’école, relations amicales et familiales, criminalité, addiction aux drogues, conduite, vie professionnelle, examens physiques, risques développementaux, etc. Les personnes étaient vues tous les cinq ans, les axes de recherche étant appropriés aux classes d’âge et cela a permis d’avoir une vision transversale de leur vie. Un certain nombre d’entre elles avaient des problèmes : pas toutes car certaines connaissaient un apaisement, voire un rétablissement – 15 à 35% d’entre elles. Soulignons néanmoins que ce chiffre demeure subjectif, car dépendant de ce que l’environnement, la culture ou la société pose comme comportement - normal -6 ...

Pour expliquer ces problèmes, plusieurs modèles cohabitent même si, de par l’internationalisation de l’intérêt pour ce trouble et l’accessibilité des recherches, les points de vue tendent à se confronter plus facilement. Pour Russel Barkley, comprendre le TDAH en tant que désordre des fonctions exécutives (modèle dont il a participé avec d’autres au développement) a ceci de particulier qu’il permet de saisir le spectre du trouble dans ses multiples dimensions. D’autres modèles, par exemple celui développé par le psychologue Edmund Sonuga-Barke, basé sur le concept d’aversion du délai7 (les personnes TDAH ne supportent pas l’attente et donc éprouvent de la difficulté à soutenir leur attention ou à inhiber leur comportement), ne permettent pas d’expliquer la source même des déficiences en termes, par exemple, de notion du temps ou de régulation émotionnelle ; ils n’en déterminent pas l’origine au niveau du développement interne de l’individu ».

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La régulation émotionnelle

C'est en tant que difficulté de réponse émotionnelle d'un individu que doit comprendre ce trouble. Le DSM-58 élude cet aspect ainsi que la question de l'inhibition, qui souligne l'inattention avec ou sans hyperactivité et l'impulsivité. Cependant, notons que la régulation émotionnelle est centrale bien que difficilement mesurable objectivement9. Sur cette question, les fonctions exécutives sont également impliquées. Tout d'abord, il est important de mettre en avant que face à un événement chacun possède une réaction primaire suivie d'une réaction secondaire impliquant réflexion et conscience. Le TDAH pose le problème émotionnel sur deux niveaux. Le premier niveau se révèle par l'inhibition émotionnelle, traduisant la rapidité avec laquelle un individu répond à des événements en utilisant ses émotions primaires et souvent négatives. Les réponses émotionnelles primaires sont associées, chez les individus porteurs de TDAH, à des réactions comportementales.

La difficulté à gérer secondairement les émotions figure au deuxième niveau. Les fonctions exécutives nous permettent de modérer et d'atténuer nos réactions primaires, en inhibant nos comportements initiaux inappropriés. Le TDAH affectant le premier niveau de réaction émotionnelle affecte logiquement le second niveau. Les personnes atteintes de TDAH ne peuvent se rassurer, ou penser à quelque chose de positif, car leurs émotions sont plus complexes, durent plus longtemps et il leur est difficile de s’en dégager.

Si cela ne pose guère de problème à l’âge de 3 ans – l’entourage pardonnant rapidement – Cela pose problème surtout à l'âge adulte, car la régulation émotionnelle est primordiale, en étant déficiente elle semble destructrice et complique fortement les relations sociales (perte de travail, des amis, du conjoint, etc)

Depuis une quinzaine d'années, cet aspect émotionnel dans les composants du TDAH est de plus en plus reconnu. Notons d'ailleurs que l'émotionnel était signalé dans les premières descriptions médicales du XVIIIè siècle alors que dans la première parution du DSM en 1952 il avait disparu.

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Le Langage

En ce qui concerne le langage, parler ou comprendre, ne pose pas de difficultés, cependant, deux caractéristiques questionnent. La première est d'ordre moteur, quelques enfants expriment des retard dans leur coordination motrice notamment dans l'articulation des mots. Les psycholinguistes parlent à ce sujet d’apraxie. Le second aspect émane des problèmes d'inhibition : les personnes atteintes de TDAH auront tendance à parler plus fort et davantage, le stresse affectera plus leur cordes vocales .

Par conséquent, on ne peut parler de problème de langage de manière stricte étant donné que ces troubles se réfèrent directement aux fonctions exécutives, comme par exemple, l'organisation de sa pensée, le maintien d'idées et leur enchaînement, aux stratégies utilisées et à la capacité de maintenir plusieurs choses dans sa tête et à les séquencer lorsque l’on doit parler ou écrire, etc. . L'enfant atteint de TDAH sera prolixe lorsqu'il parlera librement, mais au contraire, si on lui demande de raconter une histoire lue, il affichera des difficultés à la relater. Les troubles du développement des fonctions exécutives se manifestent ainsi dans l’aire langagière.

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Le Sommeil

Le sommeil est très souvent un des symptômes des personnes atteintes du TDAH. Les troubles du sommeil ont été généralement observés comme des sommeils agités, des difficultés d'endormissement, ou de nombreux réveils. Les fonctions exécutives rendant difficiles le développement de la mémoire du travail, nous savons que les troubles du sommeil accentuent cette dernière10. Néanmoins il faut souligner que les troubles du sommeil ne provoquent pas mais accroît les déficiences de mémoire qui est déjà structurellement liée au TDAH.

« Le psychologue italien Samuele Cortese a publié à ce sujet plusieurs articles sur la question11 montrant que 35 à 45% des enfants et adultes TDAH connaissent des troubles du sommeil. D’autres encore souffrent d’apnées du sommeil : l’hypothèse a d’ailleurs été émise que les médicaments utilisés pour soigner les problèmes de voies aériennes permettaient d’améliorer les symptômes du TDAH (du moins, le lendemain de la prise) – cette idée est cependant bien trop précoce et pas assez confirmée et reproduite pour que cela devienne l’objet d’une pratique clinique classique ».

Notons aussi qu'une méta-analyse récente semble confirmer l'hypothèse que la médication du TDAH provoquait certains troubles du sommeil12.

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Références :
1. Voir Giordan, A., (2016) TDAH ou l’invention d’une pathologie... Sciences Psy, 6 : 47-51.
2. Barkley, R.A., (2015) History of ADHD. In Barkley, R.A., (Dir.) Attention-deficit hyperactivity disorder – a handbook for diagnosis and treatment, 4 th ed. New York: Gilford Press.
3. Voir Tannock, R.M., (2016) Le TDAH : des modèles et recherches tous azimuts. Sciences Psy, 6 : 36-41.
4. Voir Manor, I., et Tyrano, S., (2016) La figure complexe du TDAH chez les enfants et les adolescents. Sciences Psy, 6 :72-77.
5. Voir Faraone, S., (2016) De la génétique. Sciences Psy, 6 : 62-66.
6. Voir Taylor, E., (2016) Trouble sociétal ? Trouble neurobiologique ? Symptômes, culture et neurobiologie. Sciences Psy, 6 : 52-55.
7. Sonuga-Barke, E.J.S., Sergeant, J.A., Nigg, J., Willcutt, E., (2008) Executive dysfunction and delay aversion in attention deficit hyperactivity disorder: nosologic and diagnostic implications. Child and  Adolescent Psychiatric Clinics of North America, 17: 367-384.
8. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders – Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux.
9. Barkley, R., (2015) Emotional dysregulation is a core component of ADHD. Op. cit.
10. Voir Diekelmann, S., (2016) Mémoire, odeur et sommeil. In Cyrulnik, B., (Dir.) Le sommeil, m’enfin ! Savigny-sur-Orge : Éditions Philippe Duval, p. 33-40.
11. Voir notamment Cortese, S., (2015) Sleep and ADHD: what we know and what we do not know. Sleep Medicine, 16(1): 5-6. doi: 10.1016/j.sleep.2014.10.003.
12. Kidwell, K.M., Van Dyck, T.R., Lundahl, A., & Nelson, T.D., (2015) Stimulant medications and sleep for youth with ADHD: a meta-analysis. Pediatrics, 136(6): 1144-1153. doi: 10.1542/peds.2015.1708.
13. Voir Le dossier spécial Qu’est-ce qui guérit ? L’effet Placebo. Sciences Psy, 5.

Russel Barkley est psychologue clinicien, chercheur et professeur de psychiatrie clinique à l’Université médicale de Caroline du Sud (États-Unis).
Barkley, R.A., (2010) Taking charge of adult ADHD. New York: Guilford press.
Barkley, R.A., (2012) Executive functions what they are, how they work, and why they evolved. New York: Guilford press.
Barkley, R.A., (2012) Executive functioning and self-regulation: extended phenotype, synthesis, and clinical applications. New York: Guilford Press.
Barkley, R.A., (Dir.) (2015) Attention-deficit hyperactivity disorder – a handbook for diagnosis and treatment, 4 th ed. New York: Guilford Press.

Titre original « Un tableau du TDAH » auteur Russell Barkley. SciencesPsy N°6 . 17 mars 2016
Réécriture : Ruby Villar-Documet