Article
n°3 :
"Le
Visage de la Honte"
D’après un témoignage

Ou
les blessures de la violence au cours d’une
éducation.
« Notre
famille était une famille que l'on
pourrait considérer comme modèle.
Père et mère très aimants,
parfaits intellectuels, bien « réglés »
culturellement et socialement, sans rien pour
assombrir l'horizon.
Je suis la plus âgée d'une fratrie
de 5 sœurs, bénies par les sacrements
de notre église catholique. La religion
ayant été investie profondément
en nous, comme dans quelques membres de notre
famille faisant partie du clergé. –
Mais mon témoignage pourrait être
vécu dans toutes les confessions.
« Notre
éducation a été bercée
par des contes de fée à «
métaphores correctes » et par
des chansons de bon sens.
Nos vacances en famille se sont passées
tout le temps en voyage à la découverte
de pays à plages au sable chaud, ou
dans notre pittoresque maison secondaire aux
pieds des alpes.
« Nous
avons toutes été initiées
à l'art et à la musique; toutes,
nous avons eu des professeurs particuliers
afin d’affermir nos connaissances, avec
des incitations à l'ouverture à
la communication et aux nouvelles technologies.
« Arrivées
à l'age adulte, nous avons toutes réussie
professionnellement et aussitôt, nous
nous sommes toutes éparpillées
sur le globe – dans les cinq continents,
comme pour aller loin de tous nos souvenirs,
ou plus loin encore de ceux qui nous ont donné
la vie ?
« Je ne peux pas parler ici au
nom de mes sœurs, mais seulement en
mon nom propre, chacune de nous ayant différentes
sensibilités et un vécu peut
être ressenti différemment en
fonction des ressources de nos personnalités
respectives. Pour ma part je me sens brisée!
« Avec
une éducation très stricte,
malgré tout j'ai aimé mes parents;
j'ai suivi leurs directives et mes études
d'une façon méthodique obtenant
à la fin des diplômes qui me
permettent aujourd'hui de faire face a la
vie.
« MAIS …La discipline..
toujours la discipline au centre de l'éducation
d'un enfant – PAR PITIE - pas à
n'importe quel prix!
Dans ma tête j'ai des souvenirs heureux,
mais j’en ai d'autres plus lourds qui
m'ont laissé des traces et qui pèsent
sur ma « balance » (équilibre)
de tous mes jours.
« Dans
mon enfance j'ai été une fille
joyeuses (je le suis encore maintenant, mais
je me demande si je ne le suis pas par apprentissage),
espiègle, toujours « en
quête de.. » et insouciante.
Ainsi pendant nos vacances, j'étais
partante pour des découvertes et je
me perdais en marches au bord de la mer ou
dans des grottes qui me semblaient intéressantes.
Et c’est là que se situent certains
souvenirs douloureux : A chacun de mes
retours avec la naïveté de mon
âge, j'amenais plein de galets de toutes
les formes et surtout des coquillages, des
« trésors » me disais je,
« c'est pour partager avec mes
sœurs »…. mais la
fessé m'attendait aussi au retour :
les yeux rouges, certainement autant de colère
que d'inquiétude, mon père se
jetait sur moi avec de grosses ceintures pour
me punir de mes actes. Voyant mes jambes marquées
en parties par les coups, il ajoutait encore
– « maintenant tu vas être
belle pour te promener et, à chaque
fois que tu referas la même chose je
te punirai encore plus! ». Et c’est
ainsi qu’il a répété
pour toute action jugée par lui comme
une faute, ce même genre de punition.
Ma mère confuse et peinée me
gardait dans ses bras pour me réconforter.
Après, dans ma cachette qu'était
pour moi la nuit et dans le fond de mon lit,
je continuais avec mes pensées «
les découvertes ». Mais peu à
peu avec ces scènes à répétition,
j'ai apprivoisé la spontanéité
de mes élans pour découvrir
la peinture et m'évader dans les paysages.
« Pendant
toute ma vie d'enfant, d'adolescente et de
jeune fille, les moyens disciplinaires de
mon père sont passés par différentes
approches mais toutes avec le seul mot d'ordre
« la violence » : Des violences
au corps et des humiliations; dans ce que
je me rappelle de mon enfance, il a eu à
mon égard des violences plus psychologiques
avec destruction de mes jouets préférés,
de mes vêtements, et des humiliations
en public ou entre amis, là il semblait
jouir de son attitude menaçante en
public. A ces violences plus subtiles faites
en privé comme au titre de « vieil
adage », néanmoins blessant,
s’ajoutait la menace de se transformer
en scène publique. Ainsi mon éducation
a été pendant tous ces périodes,
ébranlée par l'humiliation.
Alors que par ailleurs , les bonnes observations
trimestrielles de mes enseignants me donnaient
droit à des cadeaux et à des
grands sourires. Pour mes anniversaires je
recevais quantité de cadeaux et de
belles fêtes étaient organisées
par la famille et les amis.
« Cependant
en mon fors intérieur, je ne comprenais
pas le comment de cette discipline - de ce
que j'interprète aujourd'hui comme
« un clivage » - tout va bien,
tu as droit à un prix, tout va mal,
tu as droit non seulement à une punition
mais surtout à la violence, « je
te punis avec violence », sans
jamais considérer que l'enfant peut
ne pas connaître certaines notions du
« mal » ou de danger..
En plus mon père me disait à
chaque fois –« je t'aime »
– quel paradoxe pour un enfant !
« Dans
ce témoignage, Je ne veux pas me transformer
en juge pour mes parents. Mais si je le porte
maintenant, c'est pour les autres –
… - pour vous dire que ça fait
mal, que lorsque vous frappez sur le corps
ou sur l'esprit d'un enfant, vous laissez
des traces parfois invisibles, qui le poursuivent
toujours et qui peuvent en quelque sorte briser
une vie. Quand vous êtes trop sévères,
pour un enfant vous êtes sévère
d’une façon incommensurable,
alors que lui il cherche à se faire
aimer, et à apprendre aussi sans doute,
mais autrement. »
Approche
Psychologique sommaire :
Ses
difficultés :
Catherine est une jeune femme de 35 ans, haut
responsable dans une entreprise transnationale.
Elle vient en consultation pour un manque
d'assurance en soi et pour des « paniques
masqués en face la hiérarchie
».
« J'ai eu tout dans ma vie cependant,
je suis une personne nostalgique qui joue
à être gaie pour oublier ses
tristesses.
Jamais, je n'ai le temps pour moi, ma journée
finie je suis toujours chez des amis et après
chez d'autres pour les aider à faire
des choses dans leurs appartement, ou pour
les accompagner dans leur peine. Tout le temps
j'aide quelqu'un. N'importe comment, je n'ai
pas le temps pour moi. N'importe comment,
je suis incapable de refuser des choses et
parfois c'est vraiment invraisemblable, ainsi,
je me vois partir pour des kilomètres
de randonnés alors qu'après,
il m'est très difficile de marcher
pendant des jours. J'ai besoin de faire plaisir
à tout le monde.
Je crois que je n'ai pas d'estime pour moi
et avec tous ces « allers
et retours », je me demande aussi
si je ne me punie encore pour quelque chose,
j'ai un esprit tourment ».
Ayant
un poste à responsabilité, elle
soigne ses présentations de façon
méticuleuse. Néanmoins elle
dit : « Quand ma
présentation a le moindre petit problème,
j'ai honte, je fais des cauchemars, je rêve
avec des gens qui me tenant pour responsable
me cherchent pour me frapper et je fuis, je
fuis et cela dure quelques jours ».
-Là s’exprime la terreur
en mémoire de la violence et des humiliations
dont elle a été l’objet
pendant son enfance et son adolescence.
Par
ailleurs elle affirme avoir de grandes difficultés
de prise de décision, faisant prévaloir
la critique des autres en dépit de
ses propres convictions, avec toujours ce
souci en tête que « Tout mon
travail doit être parfait ».
Elle dit encore « Pour
ma hiérarchie je suis un des piliers
de notre entreprise cependant, je tremble
intérieurement à chaque entretien.
Je n'arrive pas à exprimer mes pensées
et je reformule les affirmations de mon directeur
– situation qui dans l'échec
me fait tord. J'ai peur de parler en public
et d'être jugée, parfois je raconte
des blagues quand il m'arrive de bafouiller
les mots ».
-Là s’exprime encore son
manque de confiance en elle-même et
la peur de mal faire et de la « punition »
qui s’ensuivrait.
Mais
plus grave encore, elle dit encore :
« Je n'ai pas fondé
de famille et je n'ai pas de petit ami –
peut être c'est mieux ainsi, avec tous
les manques que j'ai, il aurait pu faire de
moi son « pull- y- ball »
« Vous savez, j'ai
encore trop mal, c'est lorsque j'était
petite et plus le temps passé, mon
image se perdait dans le miroir, c'est ça,
comme si tout mon moi avait disparu comme
pour me procurer un autre visage, seulement
que l’image de ce visage me fait peur
– elle a le visage de la honte »
--Là s’exprime
une prise de conscience de ses difficultés
qui l’a amenée à demander
de l’aide.
Ses
valeurs :
-
L'évolution et les prises de conscience
des dérives – état valorisé
dans son processus de recherche de la perfection.
-
La réussite – vécue
comme celle d’avoir évité
l'échec, des erreurs, des faux pas.
-
La qualité – la perfection.
-
Une éthique supérieure –
une certaine morale et de la rigueur.
Processus
de pensée pour satisfaire ces valeurs
:
-
Un certain goût pour l'information
– qui va permettre d'avancer.
-
Un dialogue interne – assez critique
et exigeant vis-à-vis d'elle-même,
des autres, et de l'environnement.
Une petite voix intérieure commente,
juge, et condamne. Utilisant suivant les
expressions « Je dois»,
« Je devrais » «
Il faut» « Il faudra
» « Il fallait »
« Ils auraient dû »…etc
…Catherine est
actuellement en cure psychanalytique et cela
depuis un an. Elle en recueille déjà
des effets bénéfiques.
Ruby
Villar-Documet
Rendez.vous@rvd-psychologue.com